Guidone : un prénom prédestiné ? 

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L’acte d’état civil numéro 7 de l’année 1833 au village de Pioggiola est consacré à la naissance d’un enfant. Nous sommes le 24 février 1833 et la déclaration est faite auprès du maire par le père, Francesco Franceschi, propriétaire au village, assisté de deux témoins, Pietr’Antonio et Don Ignazio Colombani. L’enfant est né le 12 février 1833 de Marie Giudicelli, épouse de Francesco et portera le prénom Guidone. Le couple réside au hameau de Casali Alti. La famille est généralement portée en 7è ou 8è position sur les documents des différents recensements de population. Guidone Franceschi fera partie d’une fratrie d’au moins 10 enfants. Il est à noter que Joseph Marie Franceschi, fils de Guidone, sera instituteur à Mausoléo dans les dernières années du XIXe siècle. Ce dernier attribuera le prénom Guidon à un fils né en 1896 à Pioggiola et décédé à Mausoléo quelques mois plus tard.

Guidone Franceschi grandira au village où, devenu adulte, il exercera la profession de cantonnier. Mais l’attention portée au personnage est autre : nous nous intéresserons particulièrement à son activité extra professionnelle fruit d’une rare passion.

Plusieurs articles de revues scientifiques mentionnent l’apport de Guidone Franceschi dans la connaissance du patrimoine archéologique de la Corse. Il est le découvreur de plusieurs sites sur le territoire de la pieve de Ghjunsani, notamment celui d'Escita à Olmi Cappella.

Le dernier article - que nous vous invitons vivement à lire - est paru dans les fascicules n° 740-741 du bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse – actes du colloque des 25 et 26 novembre 2011 tenu à Bastia sur le thème : Historiographie de la Corse, sources anciennes revisitées et sources inédites - sous le titre « La vallée du Reginu préhistorique et protohistorique (Balagne, Haute-Corse), historique des recherches archéologiques, relecture des sources et perspectives. Il est l’œuvre de Jean Graziani, doctorant en archéologie préhistorique et protohistorique à l’Université de Corse.

Jean Graziani évoque le rôle considérable de Guidone Franceschi [associé à Don Pierre Simonetti-Malaspina] : « Tous deux ont réuni des collections d’objets préhistoriques et protohistoriques remarquables qu’ils vont porter à la connaissance des chercheurs extérieurs à la Corse ».

Malheureusement, une partie des objets trouvés, y compris dans le Ghjunsani, ont été récupérés par un spécialiste anglais, Forsyth Major, qui prospectait alors en Corse. Selon Jean Graziani, certains objets sont dispersés dans plusieurs musées européens, d’autres doivent être considérés comme disparus à jamais. Qui plus est, Forsyth Major n’a pas publié ses notes et l’auteur de l’article nous rappelle opportunément que l’abbé Letteron lui-même le regrettait déjà en 1911.

Astolphe Guidicelli, auteur d'une remarquable monographie du Giussani parue en 1933, a repris le qualificatif de "curioso investigatore delle antichità" pour évoquer Guidone Franceshi. Il écrivait à ce sujet : "Nous avons vu nous-mêmes, du vivant de feu Guidone, tous ces débris préhistoriques. La famille les a cédés, après sa mort, au docteur Forsyth Major."

Au terme de cette brève note, on suggérera que le prénom, singulier et rare, choisi par Francesco et Marie Franceschi pour leur deuxième garçon était en quelque sorte prédestiné. En effet, guidone est non seulement « una persona che guida » mais c’est aussi une petite bannière triangulaire signe distinctif de commandement des officiers supérieurs. Au XVIe siècle, V. Borghini indique : “Di qui si veggono gli antichi Gonfaloni, che erano guida degli eserciti onde in questi tempi han preso il nome di Guidoni”.

Ainsi, dans un hameau reculé d’un modeste village de Corse est née une passion. Un homme y consacra une grande partie de sa vie, et aujourd’hui encore Guidone Franceschi doit être considéré comme un précurseur, un exemple, un porte drapeau, de la recherche et de la connaissance du patrimoine historique de la Corse. Enfin, il est aussi utile de rappeler que la réouverture gagnée de haute lutte de l’Université de Corse avec sa filière archéologique conduit à ce que deviennent révolus les temps où la richesse patrimoniale de l’île pouvait être confisquée par des étrangers.




 - Jean Graziani, qui effectue une thèse sur la vallée du Reginu, est par ailleurs l'auteur, avec Françoise Lorenzi, de l'article Deux "tavolette enigmatiche" découvertes dans la vallée du Reginu (Haute-Corse) publié dans le tome 107 n°1, année 2010, consacré aux découvertes récentes du Bulletin de la société préhistorique française.

 

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